Mots de la même famille

Barre l’intrus dans chaque liste. 

Liste 1 : dent – dentiste – dentier – dedans 
Liste 2 : servir – servante – serpent – serviteur 
Liste 3 : sale – saleté – salé – salir 
Liste 4 : souriant – sourire – source – rire 
Liste 5 : sortie – sorcière – sorcellerie – ensorceler 
Liste 6 : classer – claque – classeur – classement 
Liste 7 : nuage – neigeux – enneigé – neige

Girafe

 

Quand je serai grand, je serai girafe

Pour être bien vu par les géographes.

Pas éléphant blanc, c’est trop salissant,

Ni serpent python, ni caméléon.

La girafe est belle, elle est une échelle

Entre sol et ciel, l’herbe et le soleil.

Mammouth, c’est trop tard, et marsouin trop loin,

Le chameau a soif, le saurien a faim.

Tandis que girafe, on a de ces pattes !

Un cou bien plus haut que le télégraphe !

Le kangourou boxe, il reçoit des coups,

Il a une poche, mais jamais un sou.

Non, décidément, quand je serai grand,

Je serai girafe et vivrai cent ans.

Alors sa maman lui dit tendrement :

C’est trop d’ambition, mon petit gardon.

Marc Alyn

Chanson des escargots qui vont à l’enterrement

A l’enterrement d’une feuille morte

Deux escargots s’en vont

Ils ont la coquille noire

Du crêpe autour des cornes

Ils s’en vont dans le noir

Un très beau soir d’automne

Hélas quand ils arrivent

C’est déjà le printemps

Les feuilles qui étaient mortes

Sont toutes ressuscitées

Et les deux escargots

Sont très désappointés

Mais voilà le soleil

Le soleil qui leur dit

Prenez prenez la peine

La peine de vous asseoir

Prenez un verre de bière

Si le coeur vous en dit

Prenez si ça vous plaît

L’autocar pour Paris

Il partira ce soir

Vous verrez du pays

Mais ne prenez pas le deuil

C’est moi qui vous le dis

Ça noircit le blanc de l’oeil

Et puis ça enlaidit

Les histoires de cercueils

C’est triste et pas joli

Reprenez vos couleurs

Les couleurs de la vie

Alors toutes les bêtes

Les arbres et les plantes

Se mettent à chanter

A chanter à tue-tête

La vraie chanson vivante

La chanson de l’été

Et tout le monde de boire

Tout le monde de trinquer

C’est un très joli soir

Un joli soir d’été

Et les deux escargots

S’en retournent chez eux

Ils s’en vont très émus

Ils s’en vont très heureux

Comme ils ont beaucoup bu

Ils titubent un petit peu

Mais là-haut dans le ciel

La lune veille sur eux.

Jacques Prévert

La biche

La biche brame au clair de lune

Et pleure à se fondre les yeux :

Son petit faon délicieux

A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune

A la forêt de ses aïeux,

La biche brame au clair de lune

Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,

A ses longs appels anxieux !

Et, le cou tendu vers les cieux,

Folle d’amour et de rancune,

La biche brame au clair de lune.

Maurice Rollinat

J’ai vu le menuisier

J’ai vu le menuisier

Tirer parti du bois.

 

J’ai vu le menuisier

Comparer plusieurs planches.

 

J’ai vu le menuisier

Caresser la plus belle.

 

J’ai vu le menuisier

Approcher le rabot.

 

J’ai vu le menuisier

Donner la juste forme.

 

Tu chantais, menuisier,

En assemblant l’armoire.

 

Je garde ton image

Avec l’odeur du bois.

 

Moi, j’assemble des mots

Et c’est un peu pareil.

Eugène Guillevic

Complainte du petit cheval blanc

Le petit cheval dans le mauvais temps,

qu’il avait donc du courage !

C’était un petit cheval blanc,

tous derrière et lui devant.

Il n’y avait jamais de beau temps

dans ce pauvre paysage.

Il n’y avait jamais de printemps

ni derrière, ni devant.

Mais toujours il était content,

menant les gars du village,

à travers la pluie noire des champs,

tous derrière et lui devant.

Sa voiture allait poursuivant

sa belle petite queue sauvage.

C’est alors qu’il était content,

eux derrière et lui devant.

Mais un jour, dans le mauvais temps,

un jour qu’il était si sage,

il est mort par un éclair blanc,

tous derrière et lui devant.

Il est mort sans voir le beau temps,

qu’il avait donc du courage !

Il est mort sans voir le printemps

ni derrière ni devant.

Paul Fort

L’automne

 

On voit tout le temps, en automne,

Quelque chose qui vous étonne ,

C’est une branche tout à coup ,

Qui s’effeuille dans votre cou.

 

C’est un petit arbre tout rouge,

Un , d’une autre couleur encor ,

Et puis partout ,ces feuilles d’or

Qui tombent sans que rien ne bouge.

 

Nous aimons bien cette maison,

Mais la nuit si tôt va descendre !

Retournons vite à la maison

Rôtir nos marrons dans la cendre.

Lucie Delarue-Mardrus

Le secret

Sur le chemin près du bois

J’ai trouvé tout un trésor:

Une coquille de noix

Une sauterelle en or

Un arc-en-ciel qu’était mort.

A personne je n’ai rien dit

Dans ma main je les ai pris

Et je l’ai tenue fermée

Fermée jusqu’à l’étrangler

Du lundi au samedi.

Le dimanche l’ai rouverte

Mais il n’y avait plus rien !

Et j’ai raconté au chien

Couché dans sa niche verte

Comme j’avais du chagrin.

Il m’a dit sans aboyer:

« Cette nuit, tu vas rêver. »

La nuit, il faisait si noir

Que j’ai cru à une histoire

Et que tout était perdu.

Mais d’un seul coup j’ai bien vu

Un navire dans le ciel

Traîné par une sauterelle

Sur des vagues d’arc-en-ciel !

René de Obaldia

Liberté

Prenez du soleil

Dans le creux des mains,

Un peu de soleil

Et partez au loin!

Partez dans le vent,

Suivez votre rêve ;

Partez à l’instant,

La jeunesse est brève !

Il est des chemins

Inconnus des hommes,

Il est des chemins

Si aériens !

Ne regrettez pas

Ce que vous quittez.

Regardez, là-bas,

L’horizon briller.

Loin, toujours plus loin,

Partez en chantant !

Le monde appartient

A ceux qui n’ont rien.

Maurice Carême

Caillou

Caillou noir,

Pas d’espoir.

Caillou rouge,

Rien ne bouge.

Caillou rond,

Pas un rond.

Caillou gris,

Rien de pris.

Caillou vert,

On le perd.

Caillou rose,

Peu de chose.

Caillou jaune,

On le prône,

Caillou blanc,

Vif argent.

Caillou d’or,

Quel trésor !

Caillou bleu,

Qui dit mieux ?

Moi, moi, moi,

Dit le fou:

Caillou plat

Et sans trou.

Maurice Carême

Devinette

«Je suis brin de bois noirci

et travaille jour et nuit.

Je soulève—c’est inouï—

cent fois mon poids, et sans cric.

Du grenier jusqu’au fournil

j’engrange des grains de riz.

Ne touchez pas à mon nid

vous feriez venir la pluie. »

C’est ce qu’un soir m’avait dit,

quand nous étions entre amis,

la fourmi.

Michel Beau

Le Rat de ville et le Rat des champs

 

Autrefois le Rat de ville

Invita le Rat des champs,

D’une façon fort civile,

A des reliefs d’Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie

Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie

Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,

Rien ne manquait au festin ;

Mais quelqu’un troubla la fête

Pendant qu’ils étaient en train.

A la porte de la salle

Ils entendirent du bruit :

Le Rat de ville détale ;

Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :

Rats en campagne aussitôt ;

Et le citadin de dire :

Achevons tout notre rôt.

– C’est assez, dit le rustique ;

Demain vous viendrez chez moi :

Ce n’est pas que je me pique

De tous vos festins de Roi ;

Mais rien ne vient m’interrompre :

Je mange tout à loisir.

Adieu donc ; fi du plaisir

Que la crainte peut corrompre.

Jean de La Fontaine

Araignée du matin:

Araignée du matin: chagrin,

pensait un bébé coccinelle

cherchant à libérer ses ailes.

Araignée du midi: souci

grognait un rat dans son chagrin

de voir un chat près de sa belle.

Araignée du soir: espoir,

disait au briquet l’étincelle

mourant dans le vent du jardin.

Mais l’araignée dans sa nacelle

prisonnière à vie de sa faim

rêvait qu’elle était hirondelle.

Pierre Béarn

Portrait de l’autre

L’Autre :

Celui d’en face, ou d’à côté,

Qui parle une autre langue

Qui a une autre couleur,

Et même une autre odeur

Si on cherche bien…

L’Autre :

Celui qui ne porte pas l’uniforme

Des bien-élevés,

Ni les idées

Des bien-pensants,

Qui n’a pas peur d’avouer

Qu’il a peur…

L’Autre :

Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous

Des-fois-qu’il-irait-les-boire,

Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,

Qui n’apprend pas les mêmes refrains…

L’Autre :

N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,

vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,

cynique, grossier, sale, cruel…

Puisque, pour Lui, l’AUTRE…

C’est Toi

Robert Gélis

Le renard et la cigogne

Compère le Renard se mit un jour en frais,

et retint à dîner commère la Cigogne.

Le régal fût petit et sans beaucoup d’apprêts :

Le galant pour toute besogne,

Avait un brouet clair ; il vivait chichement.

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :

La Cigogne au long bec n’en put attraper miette ;

Et le drôle eut lapé le tout en un moment.

Pour se venger de cette tromperie,

A quelque temps de là, la Cigogne le prie.

« Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis

Je ne fais point cérémonie.  »

A l’heure dite, il courut au logis

De la Cigogne son hôtesse ;

Loua très fort la politesse ;

Trouva le dîner cuit à point :

Bon appétit surtout ; Renards n’en manquent point.

Il se réjouissait à l’odeur de la viande

Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.

On servit, pour l’embarrasser,

En un vase à long col et d’étroite embouchure.

Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;

Mais le museau du sire était d’autre mesure.

Il lui fallut à jeun retourner au logis,

Honteux comme un Renard qu’une Poule aurait pris,

Serrant la queue, et portant bas l’oreille.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :

Attendez-vous à la pareille.

Jean de La Fontaine

Grenouilles

Ne coassons pas

Dit crapaud papa

Nul coassement

Dit crapaud maman

Moi pas coasser

Dit crapaud jeunet

Ils en font du bruit

Dit le vieux marquis

Vite une corvée

Disent les laquais

Ça c’est pas marrant

Dit le paysan

Si j’avais su ça

Dit crapaud papa

Au lieu de nous taire

Dit crapaud mémère

Nous aurions chanté

Dit crapaud jeunet

Raymond Queneau

Le bonheur

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite, dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite, sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite, sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite, de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite. Saute par-dessus la haie, cours-y vite ! Il a filé !

Paul Fort

Le cancre

Il dit non avec la tête

Mais il dit oui avec le coeur

Il dit oui à ce qu’il aime

Il dit non au professeur

Il est debout

On le questionne

Et tous les problèmes sont posés

Soudain le fou rire le prend

Et il efface tout

Les chiffres et les mots

Les dates et les noms

Les phrases et les pièges

Et malgré les menaces du maître

Sous les huées des enfants prodiges

Avec des craies de toutes les couleurs

Sur le tableau noir du malheur

Il dessine le visage du bonheur.

Jacques Prévert

Le loup et le chien

Un Loup n’avait que les os et la peau,

Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.

L’attaquer, le mettre en quartiers,

Sire Loup l’eût fait volontiers ;

Mais il fallait livrer bataille,

Et le Mâtin était de taille

A se défendre hardiment.

Le Loup donc l’aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu’il admire.

« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,

D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, haires, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :

Tout à la pointe de l’épée.

Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.  »

Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?

– Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons :

Os de poulets, os de pigeons,

Sans parler de mainte caresse.  »

Le Loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.

« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.

– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?

– Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.  »

Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Jean de La Fontaine

La pluie

La pluie et moi marchions

Bons camarades

Elle courait devant et derrière moi

Et je serrais notre trésor dans mon coeur

Elle chantait pour nous cacher

 

Elle chantait pour endormir mon coeur

Elle passait sur mon front sa peau mouillée

Et humaine ma chère pluie

Elle tendait l’oreille

Pour savoir si mon chant silencieux était anéanti

 

Elle me met les mains sur les épaules

Et court tant haut dans la plaine du ciel

Et tant me montre les diamants du soleil

Et tant toujours me caresse la peau

Et tant toujours me chante dans les os

Que je deviens un bon camarade

J’entonne une grande chanson

Qu’on entend et les cabarets et les oiseaux

Disent à notre passage Maintenant

Ils chantent tous les deux.

Pierre Morhange